Syndicalement Vôtre, no 47 - janvier 2010

Interview de Jacques Daniélou, président de la SPV, au sujet de l'avant-projet de nouvelle loi sur l'enseignement obligatoire (LEO)
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Mme la Conseillère d'Etat Anne-Catherine Lyon a lancé une révision de la Loi scolaire. Pourquoi faut-il réviser la loi actuelle ?
Des accords intercantonaux fédéraux et romands y obligent. De plus la Loi scolaire est devenue très touffue, parfois quasi incohérente.
Enfin, il s’agit de trouver une alternative aux propositions très rétrogrades de l’initiative Ecole 2010.
La loi actuelle date de 1984. Les enjeux cantonaux dans un contexte mondialisé ont énormément évolué. Il y a 25 ans, il était courant de sortir de l’école à 15 ans pour entreprendre un apprentissage ou même un emploi directement rémunéré. Aujourd’hui, les exigences ont terriblement augmenté. On ne peut plus se contenter d’obtenir une petite élite très bien instruite à la sortie de l’école obligatoire. Les élèves de VSO, notamment, souvent en panne de connaissances, malgré les efforts des enseignants, souffrent d’une étiquette terrible. Il faut d’une certaine manière refonder l’école sur des objectifs beaucoup plus ambitieux. Et chercher à créer une école plus juste et plus efficace.


Quels sont les buts que se fixe la SPV dans le cadre de cette révision ?
La SPV s’est fixé quelques étoiles.
Se basant notamment sur les études internationales et les recherches en éducation, les instances de la SPV estiment en particulier que la sélection très sévère et très précoce de l’école vaudoise devient très improductive. Les trois filières du secondaire (VSO, VSG, VSB) devraient pouvoir être plus ouvertes. Certains pays n’ont aucune sélection jusqu’à 15 ou 16 ans. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces pays ont élevé le niveau de tous, dans l’exigence, et continue de produire une élite de haut niveau.
De même, le redoublement n’est pas aussi efficace que l’on pense. Il coûte et ne permet que rarement à l’élève de rejoindre ses vrais potentiels. La SPV le remet en cause.
S’il existe des inégalités de naissance, l’école les valide plutôt que de les dépasser. Ce sont toujours majoritairement les enfants des familles défavorisées ou migrantes qui s’en sortent le plus mal à la fin de l’école. C’est inacceptable.
Dans le cadre de sa défense de la justice sociale, la SPV ne peut que défendre un système scolaire qui lutte contre ces inégalités. Une école sans filières et sans redoublement peut y participer. Mais l’exigence est très grande alors envers les équipes d’enseignants qui doivent centrer leur travail sur les individus et moins sur le groupe classe. Dès lors c’est l’ensemble de l’organisation du travail qui devrait être repensée.


Quels sont les éléments innovateurs contenus dans cette loi ?
Le texte proposé par le département de la formation et de la jeunesse comporte des options qui vont dans le sens de ce qui exprimé plus haut. Mais, attention, des variantes très éloignées sont aussi proposées. La SPV mettra tout ce qu’elle a en son pouvoir pour que ce soient les ouvertures qui l’emportent. Elle devra sans doute faire des concessions. Accepter qu’au secondaire des branches soient à deux niveaux nous semblerait déjà aller dans le bon sens. De même que de limiter le redoublement à des exceptions.
Un autre élément novateur, obligé par un accord intercantonal récemment validé par le Grand Conseil vaudois est le fait de pouvoir accueillir plus d’élèves porteurs de handicaps au sein de l’école ordinaire. En effet, le canton de Vaud est un champion en ce qui concerne le nombre d’enfants scolarisés dans des institutions de l’enseignement spécialisé. La SPV a posé des exigences à ce propos, notamment en termes d’encadrement, par une pétition. Bon nombre de ses requêtes figurent dans l’avant-projet de loi.


Quelles conséquences aura cette révision pour les enseignants vaudois ?
Si cette loi passait en son état actuel, le travail en équipe notamment devrait être développé. En équipe d’enseignants ordinaires, mais aussi dans des liens forts et des coopérations professionnelles avec les enseignants spécialisés, ou les logopédistes et psychologues en milieu scolaire notamment.
De nouvelles approches pédagogiques devraient être imaginées, en particulier si, dans l’ambition, on visait désormais de manière plus explicite la réussite de tous.
Des responsabilités nouvelles pourraient être données aux établissements.
Sur le plan du statut, on devrait assister à des rééquilibrages, notamment par le fait qu’il est prévu de restreindre le nombre d’enseignants qui interviennent dans les classes de l’actuel cycle de transition (5e et 6e), qui relève actuellement du secondaire et appartiendrait dorénavant au primaire.
Pourra-t-on supporter encore les inégalités de traitement entre enseignants de l’école obligatoire, en ce qui concerne le nombre de périodes qu’ils enseignent par semaine (28 ou 25 selon leur formation et le degré où ils travaillent)… ? Nous ne le croyons pas. La Cheffe du DFJC s’est engagée à entreprendre des négociations à ce propos en 2010. Elles seront très, très rudes !


Quelles conséquences aura cette révision pour les élèves ?
Dans une école sans filières, même avec des niveaux, l’ensemble des élèves pourraient se côtoyer, en tout cas une partie du temps, jusqu’à 16 ans. Cela nous semble une très bonne chose. Les bagarres et conflits entre les VSO et les VSB ; cela existe. C’est inadmissible. Si on débouchait sur une sorte de pacification des « races » d’élèves au secondaire, ce serait déjà un succès.
De plus, de manière générale, une école moins sélective dans sa structure devrait offrir aux élèves une meilleure confiance en eux. Il est plus aisé d’apprendre quand on se sent non jugé et non lancé dans une course d’obstacles permanente.


La SPV a mis sur pied un site de débat sur cet avant-projet, pouvez-vous nous en parler ?
Avec le site
« Ecoledurable », le comité de la SPV a désiré créer un lieu d’échanges et de documentation. Il n’est plus possible, à propos de l’école de s’opposer des croyances non argumentées.
De manière très immodeste, nous estimons que les textes, les vidéos et les interviews que l’on trouve sur « ecoledurable » devraient permettre de prendre un peu de recul et de hauteur.
Plus simplement, des questions posées sous forme de sondage permettent de sentir le pouls des visiteurs. On peut aussi laisser des commentaires sur le site .


L'école vaudoise semble être un éternel chantier, est-ce que cette réforme sera - pour un moment du moins - la dernière ?
L’école devrait cesser de faire des réformes et passer à des progrès.
Cette manière de procéder par à coups n’est pas la bonne. L’école doit être confiée aux responsabilités professionnelles des équipes d’enseignants, ceux-ci ayant à cœur de réfléchir en permanence à la meilleure manière d’agir afin que tous les élèves progressent.
Entre les ordres donnés par la loi ou les directives imposées et la réalité de la classe, il y a des années lumière. C’est dans la classe que cela se passe. Et en réalité les réformes, si elles mettent beaucoup de gens sur les pattes arrière, n’ont pas autant d’impact qu’on pourrait le croire.
Sauf si elles sont établies en consensus avec les attentes d’une forte majorité du peuple et des enseignants et si ces derniers y participent d’une manière dynamique. Une réforme imposée et non comprise et partagée est une réforme inutile et contreproductive.


Plus d'informations:
Site "ecoledurable"
Site du DFJC


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